Multipotentialité : distinguer richesse des possibles, neurodivergence et mobilité subie

Essai de cadrage conceptuel sur les trajectoires multiples, la neurodivergence et les contraintes sociales

Cet article propose un essai de cadrage conceptuel fondé sur une sélection ciblée de travaux issus de plusieurs champs. Il ne suit aucun protocole de revue systématique ou de scoping review et ne prétend pas à l’exhaustivité. Il vise le cadrage scientifique plutôt que l’auto-identification individuelle. Les contenus francophones de coaching, les blogs, les témoignages et les enquêtes non publiées autour du terme « multipotentiel » ne sont pas utilisés ici comme données scientifiques, même s’ils constituent un corpus culturel qui mériterait une étude spécifique.

Le mot multipotentialité s’est installé dans les contenus consacrés au HPI, au TDAH, à l’autisme, aux reconversions professionnelles et aux parcours atypiques. Il donne un nom à une expérience que beaucoup de personnes reconnaissent : plusieurs domaines les attirent, certaines compétences se développent en parallèle et la spécialisation unique correspond mal à leur trajectoire. Sa popularité sociale a toutefois progressé plus vite que la construction scientifique de l’objet. Les publications disponibles éclairent plusieurs composantes du phénomène, rarement leur combinaison chez les mêmes personnes.

Cette situation mérite une attention particulière parce que le terme sert désormais à relire une biographie, à construire une identité professionnelle et parfois à orienter une formation, une reconversion ou un accompagnement. La question scientifique porte moins sur la légitimité de cette expérience que sur les formes de pluralité réunies sous le même mot, les facteurs qui les organisent et les moyens de les distinguer.

Un terme ancien, une fonction contemporaine différente

Dans la psychologie de l’orientation et les recherches sur la douance, la multipotentialité renvoyait historiquement à une configuration assez précise. Plusieurs aptitudes élevées, combinées à des intérêts ou des valeurs peu différenciés, pouvaient rendre différentes orientations plausibles. L’attention portait sur la difficulté à hiérarchiser des voies accessibles plutôt que sur le simple nombre de curiosités.

L’usage contemporain couvre un territoire beaucoup plus vaste. Emilie Wapnick a fortement contribué à populariser le terme anglais multipotentialite¹ avec sa conférence TED de 2015, puis avec How to Be Everything en 2017. Son approche décrit des personnes ayant de nombreux intérêts et susceptibles de construire plusieurs activités au cours de leur vie. Le mot acquiert alors une fonction culturelle et identitaire, puisqu’il offre une lecture valorisante de parcours auparavant racontés avec le vocabulaire de l’indécision ou de la dispersion.

Cette extension modifie ce que le terme rassemble. Une personne curieuse de nombreux sujets, une autre compétente dans plusieurs disciplines et une troisième ayant changé fréquemment de métier peuvent toutes se reconnaître dans la même étiquette, alors que leurs trajectoires peuvent reposer sur des organisations différentes. Chercher immédiatement à imposer une définition unique reviendrait à trancher par convention une question que la recherche devrait examiner.

Une approche plus productive consiste à décomposer le phénomène. La pluralité des intérêts représente une dimension, tout comme le niveau de compétence atteint, la durée des investissements, la différenciation des préférences, la possibilité concrète de poursuivre plusieurs voies et les transferts entre domaines. Le vécu subjectif complète cet ensemble. Reste à déterminer si ces dimensions forment un construit suffisamment cohérent ou plusieurs configurations actuellement réunies sous le même nom.

Deux termes voisins aident déjà à clarifier une partie du vocabulaire. La polyvalence décrit la capacité à remplir plusieurs fonctions ou à mobiliser différentes compétences, tandis que la polymathie renvoie au développement effectif de connaissances ou de compétences substantielles dans plusieurs domaines. La multipotentialité historique concerne davantage l’existence de plusieurs orientations plausibles. Ces notions peuvent se recouvrir sans devenir interchangeables.

Les travaux historiques sur la douance

L’association entre haut potentiel intellectuel et multipotentialité possède un ancrage scientifique ancien. Dans les années 1990, Achter, Lubinski et Benbow ont étudié plus de 1 000 adolescents appartenant approximativement au premier centile des aptitudes intellectuelles générales dans quatre cohortes du Study of Mathematically Precocious Youth. Les participants étaient évalués sur leurs aptitudes, leurs intérêts professionnels et leurs valeurs avec des instruments capables de mieux différencier des niveaux déjà élevés.

Selon la définition retenue par les chercheurs, moins de 5 % présentaient des profils compatibles avec la multipotentialité. Lorsque les aptitudes, les intérêts et les valeurs étaient considérés ensemble, plus de 95 % faisaient apparaître une différenciation suffisante pour dégager des préférences. Les auteurs ont aussi attiré l’attention sur les effets de plafond. Un instrument insuffisamment discriminant peut produire plusieurs scores élevés chez une personne très performante et masquer des écarts qui apparaissent avec des mesures mieux adaptées.

Ces travaux ont surtout renouvelé la compréhension des profils de jeunes très doués. Des aptitudes élevées dans plusieurs domaines ne s’accompagnent pas automatiquement d’intérêts ou de valeurs également indifférenciés. Le résultat inférieur à 5 % appartient à cette population et à la définition utilisée. Le protocole du SMPY portait sur des profils d’aptitudes et de préférences chez des adolescents recrutés dans le cadre de talent searches. Les reconversions, les contraintes économiques et la transformation de plusieurs intérêts en carrières adultes relevaient d’autres questions.

Achter, Benbow et Lubinski ont ensuite consacré une revue critique au concept lui-même. Leur analyse soulignait la faiblesse de son évaluation empirique et plusieurs difficultés d’interprétation. Rysiew, Shore et Leeb ont prolongé cette discussion en rapprochant la littérature sur la douance de celle consacrée au choix de carrière, puis en examinant les implications de ce rapprochement pour l’orientation.

Plus de vingt ans plus tard, une revue systématique de Schlegler sur la situation professionnelle des adultes doués a retenu 40 études. Sur cet ensemble, 34 provenaient des États-Unis, soit 85 %. Parmi les 22 variables professionnelles recensées, la moitié ne reposait chacune que sur une seule étude. Le corpus adulte reste ainsi dispersé, avec une base empirique très inégale selon les questions examinées.

Le contraste reste notable. L’association entre HPI et multipotentialité conserve une forte présence dans les discours publics, alors que la littérature spécifique porte surtout sur des travaux historiques consacrés aux profils d’adolescents et sur un corpus adulte beaucoup plus dispersé.

Autisme : intensité, fonction et continuité des intérêts

Les recherches sur l’autisme abordent une autre partie du problème. Grove et ses collègues ont étudié les intérêts spécifiques chez des adultes autistes. Environ deux tiers des participants rapportaient au moins un intérêt spécifique et la plupart des personnes concernées en signalaient plusieurs. La motivation à s’engager dans ces intérêts était associée à un meilleur bien-être sur certaines dimensions, tandis qu’une intensité très élevée était liée à des résultats moins favorables dans cet échantillon.

La nature de l’investissement semble plus informative que le seul inventaire des sujets. Jordan et Caldwell-Harris ont observé, à partir de messages publiés sur des forums, davantage d’intérêts rapportés et davantage de domaines liés à la systématisation chez les participants autistes de leur échantillon. Anthony et ses collègues ont comparé 109 participants autistes et 76 participants neurotypiques. Dans leur étude, le type, l’intensité et le caractère envahissant des intérêts distinguaient plus nettement les groupes que la quantité de domaines.

Ces travaux déplacent l’attention vers la manière dont un sujet est investi. Une personne peut approfondir plusieurs domaines avec une intensité inhabituelle et y acquérir des connaissances substantielles. Une trajectoire de ce type peut ressembler à une multipotentialité dans un récit biographique, tandis que la littérature sur l’autisme décrit surtout la profondeur, la spécificité, la fonction et la stabilité des intérêts.

Une synthèse qualitative récente de Chow et Cooper ajoute le vécu des personnes concernées. Les 26 études retenues montrent que les forces et intérêts peuvent soutenir les connaissances, les compétences, le bien-être et les relations sociales, avec une forte dépendance au contexte. Les personnes interrogées ne donnent pas toutes la même signification à leurs forces et ne les relient pas nécessairement à l’autisme de manière identique.

Ce corpus fournit des variables utiles pour une future recherche sur les trajectoires multiples, notamment la durée, l’intensité, la fonction et la transformation d’un intérêt en compétence. Il reste centré sur des questions propres à l’autisme et n’a pas été construit pour mesurer un phénomène commun appelé multipotentialité.

TDAH : des pistes plausibles encore indirectes

Le rapprochement entre TDAH et multipotentialité repose sur un corpus plus indirect. Une revue systématique de Pinzone et ses collègues a examiné le tempérament chez des adultes présentant un TDAH. Dans les études utilisant le Temperament and Character Inventory, le TDAH était associé à des scores plus élevés de recherche de nouveauté et d’évitement du danger, ainsi qu’à des scores plus faibles de persistance. Les auteurs relevaient une forte hétérogénéité des échantillons, des procédures diagnostiques et des méthodes.

L’hyperfocalisation fournit une deuxième piste. Hupfeld, Abagis et Shah ont observé que des niveaux plus élevés de symptomatologie TDAH étaient associés à davantage d’épisodes rapportés d’attention très intensément concentrée dans plusieurs contextes. Leur étude introduisait également un questionnaire destiné à mieux caractériser le phénomène. L’hyperfocus reste absent des critères diagnostiques et sa place dans le TDAH continue d’être étudiée.

Ces résultats rendent plausible une organisation où certains sujets bénéficient d’une forte stimulation initiale et d’un investissement attentionnel intense. Des apprentissages rapides peuvent en découler, puis l’évolution de la stimulation pourrait contribuer chez certaines personnes à déplacer l’investissement vers d’autres domaines. Cette séquence constitue une hypothèse d’organisation. Les études citées ne suivent pas des personnes TDAH pendant plusieurs années en mesurant simultanément durée des intérêts, compétences construites, possibilités professionnelles et changements de carrière.

La prudence porte ici sur le niveau de preuve. La recherche sur le tempérament et l’hyperfocalisation fournit des pistes susceptibles d’éclairer certaines biographies multiples. Elle n’établit aucun mécanisme général reliant TDAH et multipotentialité.

Les trajectoires professionnelles dépendent aussi de l’espace disponible

Une carrière diversifiée peut émerger de choix successifs, de possibilités réellement concurrentes ou d’une mobilité imposée par les circonstances. Les histoires professionnelles du NLSY analysées par Kalleberg, Mouw et Schultz montrent que les changements de métier prennent des formes différentes. Certaines carrières traversent plusieurs professions tout en restant organisées par des réseaux, des marchés internes ou des trajectoires de progression.

La marge de choix dépend également des ressources. Autin et ses collègues ont étudié la work volition, définie comme la capacité perçue à effectuer des choix professionnels malgré les contraintes. Dans leur échantillon de 267 étudiants américains suivis pendant six mois, le statut social subjectif prédisait cette marge de choix, elle-même associée à l’adaptabilité professionnelle. La revue systématique de Newman et ses collègues publiée en 2026 identifie encore des lacunes et des incohérences dans ce champ, notamment sur l’articulation entre facteurs personnels et contextuels.

En Belgique, Verhaeghe, Van der Bracht et Van de Putte ont observé chez des jeunes peu ou moyennement qualifiés des inégalités socio-économiques et ethniques dans l’accès au capital social lors de l’entrée sur le marché du travail. Certaines ressources relationnelles influençaient également la probabilité de trouver un emploi après l’entrée sur le marché du travail. Aucun effet du capital social sur le statut professionnel du poste obtenu n’était observé dans cette population.

Une revue de 59 études consacrées à l’origine sociale et à la réussite de carrière décrit également plusieurs voies par lesquelles les ressources familiales et sociales infléchissent les trajectoires. Le genre, la parentalité et l’histoire migratoire interviennent eux aussi dans la configuration de cet espace professionnel. Cantalini et Ballarino montrent en Italie que les trajectoires des femmes diffèrent selon l’origine sociale, avec des sorties de l’emploi après la maternité plus fréquentes dans les groupes populaires. Maes et ses collègues étudient en Belgique la division du travail rémunéré autour de la première naissance et montrent qu’elle varie selon l’origine migratoire des couples.

Ces recherches documentent des interruptions, des changements de statut et une recomposition de la participation au travail rémunéré. Elles renseignent sur les conditions qui peuvent resserrer ou déplacer les possibilités professionnelles à certaines étapes de vie, sans étudier directement l’exploration vocationnelle.

La situation des personnes autistes apporte un autre exemple de contraintes professionnelles étudiées séparément de la multipotentialité. La revue de Davies et ses collègues sur la progression de carrière a retenu 33 études, alors qu’aucune n’avait directement cette progression comme objet principal. La divulgation du diagnostic apparaît dans certains travaux comme une préoccupation relationnelle ou une barrière possible, à partir de témoignages et de résultats hétérogènes.

Une revue plus large de Bölte et ses collègues a rassemblé 78 articles. Elle décrit un champ couvrant notamment la pratique de l’orientation, l’accès à l’emploi, les barrières et facilitateurs, l’adéquation au poste et au secteur, ainsi que le maintien et les résultats en emploi. L’ensemble reste fragmenté entre plusieurs questions professionnelles qui n’ont pas été conçues pour étudier la multipotentialité.

Ces travaux documentent les conditions qui élargissent, réduisent ou réorientent les possibilités professionnelles. Leur intérêt pour la multipotentialité réside dans cette contribution contextuelle. Une trajectoire observée résulte toujours d’un fonctionnement individuel placé dans un espace social et professionnel particulier.

Des dimensions à rendre mesurables

La recherche sur la multipotentialité gagnerait à partir de dimensions observables avant de chercher à construire un score ou une prévalence. La pluralité réellement accessible constitue l’une d’elles. Le niveau de compétence développé, la durée des intérêts, leur maintien dans plusieurs périodes ou contextes et la différenciation des préférences apportent d’autres informations.

Le transfert entre domaines mérite également d’être documenté. Une compétence acquise dans un secteur peut modifier la pratique dans un autre, ce qui distingue une accumulation de curiosités d’une trajectoire où les expériences commencent à former un réseau. Les contraintes et le vécu subjectif doivent être mesurés avec ces dimensions plutôt qu’ajoutés après l’analyse.

Aucun seuil validé ne permet actuellement de décider qu’un intérêt devient durable après un nombre déterminé de mois ou qu’une compétence devient profonde après quelques réalisations. Une opérationnalisation scientifique devrait construire ces seuils, tester leur fiabilité et vérifier leur capacité à distinguer des trajectoires différentes.

Un cas fictif suffit à montrer l’intérêt de cette décomposition. Alex, 34 ans, a travaillé dans plusieurs secteurs, conserve depuis l’adolescence un investissement dans la photographie et l’informatique, et présente aussi des intérêts plus brefs. Une partie de ses changements professionnels résulte de contrats temporaires, plusieurs compétences sont objectivables et certains acquis circulent entre domaines. Son diagnostic de TDAH peut éclairer certaines variations de l’investissement, tandis que la précarité contribue à la diversité du CV. La décomposition des dimensions décrit cette trajectoire avec davantage de précision qu’une étiquette unique.

Le succès social du terme mérite sa propre recherche

L’usage popularisé par Emilie Wapnick appartient à un autre registre que les études psychométriques historiques. Sa conférence TED de 2015 et son livre de 2017 ont contribué à diffuser une lecture positive des parcours à intérêts multiples. Des personnes qui décrivaient leur histoire avec les mots dispersion, instabilité ou indécision rencontrent une catégorie qui valorise la pluralité et autorise plusieurs formes de carrière.

Cette fonction peut modifier le vécu et les décisions. Une identité multipotentielle peut aider à repérer des compétences transversales, donner une continuité à des expériences auparavant perçues comme incohérentes et créer un sentiment d’appartenance. Elle peut aussi devenir une explication générale qui absorbe trop rapidement une difficulté à maintenir l’investissement, une précarité, un environnement professionnel inadéquat ou une neurodivergence encore mal comprise.

L’intérêt scientifique porte ainsi sur le contenu du concept et sur les effets de son appropriation. Qui s’y reconnaît, à quel moment du parcours, dans quels contextes sociaux et avec quelles conséquences sur les choix de formation, de carrière ou d’accompagnement ? Les contenus francophones de coaching, les communautés en ligne, les blogs et les témoignages pourraient constituer un corpus pertinent pour cette question culturelle. Leur étude demanderait des méthodes propres aux représentations sociales, aux communautés numériques et aux discours professionnels.

Construire un objet de recherche commun

Le manque principal apparaît lorsqu’on rapproche les différentes littératures. Les travaux sur la douance mesurent surtout aptitudes, intérêts et valeurs. Les recherches sur l’autisme décrivent la nature, l’intensité et la fonction des intérêts. Le TDAH est étudié à travers l’attention, le tempérament et d’autres caractéristiques cliniques. Les sciences du travail examinent l’accès à l’emploi, la progression, les ressources, les contraintes et la mobilité.

Ces champs éclairent plusieurs pièces du problème. Ils mesurent rarement, chez les mêmes personnes, plusieurs domaines accessibles, les compétences construites dans chacun, la durée et la récurrence des intérêts, leur différenciation, la marge de choix, les contraintes sociales et le vécu du parcours. Cette absence de protocole commun empêche actuellement d’estimer une fréquence générale ou de comparer proprement différentes populations.

Le temps constitue une autre lacune. Une observation réalisée à 25, 35 ou 50 ans distingue difficilement une pluralité durable d’une période d’exploration, d’une succession d’intérêts intensifs ou d’une mobilité principalement subie. Des études longitudinales permettraient d’observer ce qui persiste lorsque changent le revenu, la parentalité, la santé, la nouveauté ou les possibilités professionnelles.

L’articulation entre fonctionnement individuel et contexte social demande également des protocoles communs. Les biographies réelles combinent des caractéristiques que les disciplines étudient souvent séparément. Une personne peut disposer de plusieurs aptitudes élevées, présenter un TDAH, assumer des responsabilités familiales et manquer de sécurité financière au même moment. Une autre peut présenter des intérêts comparables avec davantage de ressources et de latitude professionnelle.

Le vécu subjectif complète cette architecture. Plusieurs possibilités objectivement viables peuvent être vécues comme une richesse, une tension, une dispersion ou plusieurs vocations simultanées. Une théorie des trajectoires multiples devra expliquer cette variation au lieu de traiter l’auto-identification comme une validation suffisante ou comme une donnée négligeable.

Le programme de recherche qui se dessine est interdisciplinaire par nécessité et cette interdisciplinarité constitue elle-même un obstacle. La psychologie différentielle, la psychologie de l’orientation, les recherches sur la neurodivergence et les sciences sociales du travail mobilisent des unités d’analyse, des vocabulaires et des traditions de publication différents. Des protocoles longitudinaux associant évaluations psychologiques, trajectoires professionnelles, ressources sociales et entretiens qualitatifs demandent aussi des financements importants et des équipes capables de travailler sur plusieurs niveaux d’analyse.

Cette difficulté institutionnelle compte. Un objet situé entre plusieurs disciplines peut rester longtemps fragmenté même lorsque chacune possède une partie des méthodes nécessaires. Construire une recherche commune demandera autant un travail de coordination scientifique qu’un effort de définition.

Les résultats devront rester ouverts. Les dimensions actuellement regroupées sous le mot multipotentialité pourraient former un construit suffisamment cohérent pour justifier une mesure commune. Elles pourraient aussi révéler plusieurs trajectoires distinctes que le langage courant rassemble sous une seule étiquette. Les deux résultats feraient progresser la compréhension du phénomène.

La popularité sociale du terme a précédé cette clarification scientifique. Elle fournit une raison supplémentaire d’étudier le sujet, car un concept déjà utilisé pour interpréter des parcours et orienter certaines décisions mérite une base empirique proportionnée à son influence. « Nous ne savons pas encore » décrit ici un état précis de la littérature : plusieurs pièces sont étudiées, leur articulation reste largement à construire.

Références

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  3. Rysiew, K. J., Shore, B. M. & Leeb, R. T. (1999). Multipotentiality, Giftedness, and Career Choice: A Review. Journal of Counseling & Development, 77(4), 423-430.

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  21. Maes, J., Wood, J., Marynissen, L. & Neels, K. (2022). The gender division of paid work over family formation: Variation by couples’ migration background. Advances in Life Course Research, 53, 100497.

¹ Wapnick utilise en anglais le substantif multipotentialite. Dans le présent article, multipotentialité désigne sa forme francisée et, plus largement, le concept discuté en français.

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